N°9 – Janvier 2023

Faut-il lire le dernier pennac ?
(réponse : non)

Il semble que Jean-René n’aime pas non plus le dernier Pennac.

[pré-requis : aimer ou détester la saga Malaussène]. Parfois, il faut écrire des critiques négatives lorsque c’est utile. Le plus simple et le moins coûteux en énergie est d’ignorer un mauvais livre dont personne ne connaît l’existence, et cela suffit pour le faire disparaître. Il y a tant de bons inconnus à défendre ; il y aurait tant besoin de consacrer cette énergie à les promouvoir, eux. Mais descendre un livre trop connu est salubre pour rappeler l’exigence qui nous est due. Aujourd’hui, donc, détestons le dernier Pennac, économisons du temps et de l’argent, et ne nous faisons pas duper.
Je suis peut-être sans doute seul parmi « des myons et des myons
de lectrices et lecteurs«  comme on nous le serine, mais j’ai toujours trouvé « la saga Malaussène »… navrante. Pas drôle, mal écrite, bourrée de dialogues hors-sol qui épaississent le récit inutilement, de digressions paresseuses entre parenthèses… Une bonne idée au départ (celle du bouc-émissaire professionnel) mais très vite, ça ne va pas plus loin. « Tout succès est à l’origine d’un malentendu », aurait écrit Paul Valéry… Celui-ci doit être gigantesque, car de mon point de vue… enfin, je le constate pour Pennac. Je me suis toujours dit avec consternation que si ce n’était pas paru chez Gallimard, personne ne se serait aperçu de l’existence de ces livres plus que résistibles. Et voici que notre monument national vivant Pennac nous sort ces jours-ci son Terminus Malaussène. Conséquemment, la brigade d’acclamation s’est ébranlée, tant du côté médiatique, que des lecteurs (jusqu’à des émissions comme le Book Club, appliqué passeur de plats, où Pennac pontifie de façon ridicule… Cet homme n’a rien à dire, d’ailleurs on ne devrait pas lui poser de questions sur le monde et il ramerait moins, enfilerait moins de perles en enfonçant moins de portes ouvertes, lui qui intellectualise des écrits qui sont, force est de le constater, de troisième zone)… C’est à se demander si un seul de ces gens de presse ou de commentaires a vraiment ouvert le livre. Dès les premières pages, j’ai cru que c’était un roman publié de guerre lasse pour pouvoir garder l’auteur au catalogue, tant il n’est pas possible d’accepter un truc pareil. Sincèrement, j’en suis vraiment à le soupçonner, tant on est face à une catastrophe : toujours plus de dialogues creux et inutiles, de polardisation d’un autre âge, de sensation que l’auteur est tout seul dans sa tête à se raconter… quoi déjà ? On en sait rien. Il a fallu rajouter un arbre généalogique des personnages et un résumé en début d’ouvrage. La moindre des politesses de l’auteur aurait été de faire l’effort de resituer, de contextualiser, de tenter de passer les informations nécessaires au cochon de payant et la cochonne de payante aussi habilement que possible. Que pouic !  Terminus Malaussène (on a fait l’effort avec pourtant la volonté a priori, encore une fois, d’apprécier) est tout simplement illisible, pathétique (c’est quoi son problème urinaire à Pennac ? Je vous laisserai constater la récurrence dès les premiers chapitres, et plus loin), abscons, auto-complaisant, feignasse… On me rétorquera « qu’il faut avoir lu toute la saga », « que c’est un plaisir de retrouver les personnages » (c’est vrai qu’il y a cette sensation de prendre en cours un téléfilm de l’après-midi auquel on ne comprend rien, mais finalement on s’en fout. C’est du Derrick), et on m’avancera que gnagnagna… Non, c’est mauvais. C’est-juste-mau-vais, — et elles et ils sont des milliers à faire mieux que cela, déjà édités ou non. Franchement, on mérite mieux que cette certitude dégoulinante et perceptible que la moindre virgule est un chef-d’œuvre. Il existe beaucoup de mauvais auteurs en littérature humoristique (ou non humoristique)… Pennac avec ce dernier opus fait remonter tous les obscurs et les nuls de plusieurs crans. Allez, zou : économisez 23 € et achetez un auteur non médiatique. Lui, ça pourra l’encourager à s’améliorer. Pennac, il y a bien longtemps que ce n’est plus récupérable.
(Je ne prends même pas la peine de vous mettre un extrait ici… Vous le feuilletterez mollement en librairie. Et vous constaterez…).


Du dégoût au point d’en rire

[pré-requis : être prêt(e) à supporter une logorrhée ; avoir un sens de l’humour noir et de la détestation très développés ; être prêt à peut-être ajouter un titre supplémentaire à votre liste personnelle de livres culte]. Puisque mon article précédent lâchait un flot de bile sur le dernier Pennac (et puisque j’avoue ne pas avoir encore cette fois déniché de nouveauté humoristico-littéraire remarquable), je vous glisse alors une vieille valeur sure qui restera dans le ton énervé et dédaigneux : Le dégoût, d’Horacio Castellanos Moya, paru la première fois en France en 2003 chez Les Allusifs (réédité chez Metallié en poche, et chez 10/18 aussi il me semble). Ce livre dont le sous-titre est Thomas Bernard au San Salvador (en hommage à l’écrivain autrichien qui fut un chantre de la détestation de tout ce qui bougeait, et tout d’abord de son propre pays) est un OVNI (à la fois hommage et pastiche) qu’une performance d’écriture hallucinée, torrentielle, ahurissante. L’histoire, si tant est qu’il y en a une, est celle-ci : « De retour au Salvador pour l’enterrement de sa mère, Edgardo Vega exilé au Canada depuis dix-huit ans, retrouve un vieil ami, Moya, dans l’ombre du patio d’une brasserie. Foudroyé d’emblée, Moya se tait et croule sous la haine féroce de Vega, qui crache sur son peuple toutes les damnations de la terre. Par-delà la morgue de celui qui s’est éloigné des siens perce le drame de tout homme empoisonné par un dégoût mortel pour son sang et sa naissance. » Le traitement est celui d’un long monologue, « tsunamique », aux phrases d »une longueur invraisemblable et à l’énergie colérique qui a dû tout de même poser des problèmes au traducteur Robert Amutio. Lectrices et lecteurs sont aussitôt emportés par le flux et estomacqués par l’acidité caustique que Vega déverse à Moya, l’auteur supposé se prendre l’avalanche de récriminations en pleine face et nous les retranscrire ; un Moya qu’on imagine plaqué contre le dossier de sa chaise par la force des propos : « San Salvador est horrible, et les gens qui y habitent sont pires encore, c’est une race pourrie. » est sans doute une des phrases les plus douces. Tout y passe, absolument tout en une montée en puissance stupéfiante : le Salvador, les membres de la famille de Vega, les amis, les habitants, le gouvernement, l’inculture, la télévision, la bière, la gastronomie, les chauffeurs de taxi… Tout, tout, tout serait objet de dégoût au Salvador selon Vega. L’écriture est sonore (encore une fois bravo le traducteur), les mots sont palpables, la rage haineuse est sensible. C’est si abasourdissant que cela devient… vite comique. De ce rire qui peut vous prendre lorsque, abasourdi par une situation, vous ne savez plus que faire, que dire… Car trop, c’est trop. C’est un peu comme ces plats indiens au 25 épices : passées les premières brûlures et bouffées de chaleur apparaissent de nouvelles saveurs. Le dégoût, c’est identique : tant de hargne, d’énergie dans le rejet que cela devient comique, et émet son vrai sens : celui et d’un cri de désespoir, celui de vouloir aimer et d’en être incapable… avec l’humour corrosif, mais salvateur que suscite ce désespoir.
Pour une fois en complément, je vous conseille les extraits de critiques de presse et les commentaires de Babelio, qui me paraissent très justes. Et lisez ce court, percutant, et inoubliable chef d’œuvre qui a créé pour lui seul une forme très élaborée, sinon unique,  d’humour noir.
Il convient de lire ce court livre d’une traite. Voici toutefois les premières pages, en reprécisant que c’est un fil continu difficile à interrompre. :

« Je suis content que tu sois venu, Moya, je me demandais si tu allais venir, parce que dans cette ville beaucoup de gens n’aiment pas cet endroit, pas mal de gens n’aiment pas du tout cet endroit, Moya, c’est pour ça que je n’étais pas sûr que tu viendrais, me dit Vega. Moi, j’aime venir en fin d’après-midi, m’asseoir ici dans le patio, boire deux whiskys, tranquillement, écouter la musique que je demande à Tolín, me dit Vega, je n’aime pas m’asseoir au comptoir, là-bas à l’intérieur, il fait très chaud au zinc, très chaud là-bas à l’intérieur, il fait bien meilleur ici dans le patio, avec un verre et le jazz que met Tolín. C’est le seul endroit où je me sente bien dans ce pays, le seul endroit correct, les autres brasseries sont des dépotoirs, elles sont abominables et bondées de types qui boivent de la bière jusqu’à se faire éclater la panse, je n’arrive pas à le comprendre, Moya, je n’arrive pas à comprendre comment les habitants de ce pays boivent cette cochonnerie de bière avec tant d’avidité, me dit Vega, une bière répugnante, bonne pour les bêtes, bonne qu’à donner la diarrhée, c’est ce que les gens boivent ici, et le pire c’est qu’ils sont fiers de boire une cochonnerie, ils sont capables de te tuer si tu leur dis que ce qu’ils sont en train de boire est une cochonnerie, de l’eau sale, pas de la bière, nulle part ailleurs ce ne serait considéré comme de la bière, Moya, tu le sais autant que moi, ça c’est un liquide infect, ils ne peuvent le boire que par ignorance, me dit Vega, ils sont tellement ignorants qu’ils boivent cette cochonnerie avec fierté, et pas avec n’importe quelle fierté, non, avec la fierté nationale, avec la fierté de boire la meilleure bière du monde, parce que la Pilsner salvadorienne est la meilleure bière du monde, pas une cochonnerie tout juste bonne à donner la diarrhée comme n’importe quelle personne saine d’esprit le penserait, mais la meilleure bière du monde, parce que c’est ça la première et la principale caractéristique des peuples ignorants, ils croient que leur miasme est ce qui existe de meilleur au monde, ils sont capables de te tuer si tu refuses de dire que cette émanation putride, leur crasseuse et diarrhéique bière, est la meilleure du monde, me dit Vega. J’aime cet endroit, il ne ressemble pas à ces brasseries crasseuses où on vend cette cochonnerie de bière qu’on boit ici avec tant de passion, Moya, cet endroit possède sa propre personnalité, une décoration pour des gens doués d’un minimum de sensibilité, même s’il s’appelle La Lumbre, même si la nuit il est horrible, insupportable à cause du vacarme de ces groupes de rock, à cause du bruit de ces groupes de rock, à cause du goût pervers d’importuner leur prochain qu’ont ces groupes de rock. Mais à cette heure-ci de l’après-midi j’aime ce bar, Moya, c’est le seul endroit où je puisse venir, où personne ne me dérange, où personne ne vient m’importuner, me dit Vega. C’est pourquoi je t’ai donné rendez-vous ici, Moya, La Lumbre est le seul endroit de San où je peux boire, et encore seulement pendant deux heures, entre cinq et sept heures de l’après-midi, rien que deux heures, après sept heures l’endroit est insupportable, l’endroit le plus insupportable qu’il puisse exister à cause du bruit de ces groupes de rock, aussi insupportable que les brasseries pleines de types qui boivent avec fierté leur sale bière, me dit Vega, mais maintenant nous pouvons parler tranquillement, entre cinq et sept on ne nous dérangera pas. Je suis venu dans cet endroit tous les jours sans faute depuis une semaine, Moya, depuis que je l’ai découvert, je viens tous les jours à La Lumbre, entre cinq et sept heures de l’après-midi, et c’est pourquoi j’ai décidé de te rencontrer ici, je dois parler avec toi avant de partir, je dois te confier ce que je pense de tout ce tas d’immondices, il n’y a personne d’autre à qui je puisse confier mes impressions, les idées horribles que j’ai eues rien qu’à être ici, me dit Vega. Sitôt que je t’ai vu à la veillée funèbre de ma mère, je me suis dit : Moya est le seul avec qui je vais parler, aucun autre camarade de lycée ne s’est montré au funérarium, personne d’autre ne s’est souvenu de moi, aucun de ceux qui se disaient mes amis ne s’est montré quand ma mère est morte, sauf toi, Moya, mais c’est peut-être mieux comme ça, parce que en réalité aucun de mes camarades d’études n’a été mon ami, aucun d’eux ne m’a revu après la fin de nos études, c’est mieux qu’ils ne se soient pas montrés, c’est mieux qu’aucun de mes ex-camarades ne se soit montré à la veillée funèbre de ma mère, sauf toi, Moya, parce que je déteste les veillées funèbres, je déteste devoir recevoir des condoléances, je ne trouve rien à dire, ces étrangers qui viennent t’embrasser et se considèrent comme tes intimes du seul fait que ta mère est morte, ils m’exaspèrent, c’est mieux qu’ils ne soient pas venus, je déteste devoir être sympathique avec des gens que je ne connais pas, et la plupart de ceux qui viennent te présenter leurs condoléances, la plupart de ceux qui assistent aux veillées funèbres, sont des gens que tu ne connais pas, que tu ne reverras plus de ta vie, Moya, mais tu es obligé de leur faire bonne figure, d’avoir un air de componction et de gratitude, d’avoir l’air de remercier ces inconnus d’être venus à la veillée funèbre de ta mère te présenter leurs condoléances, comme si ce dont tu pouvais éprouver le plus besoin en ces moments-là ce serait d’être sympathique avec des inconnus, me dit Vega.»

Le dégoût, Horacio Castellanos Moya (Robert Amutio (Traducteur). Ed. Métallié.
EAN : 9782264041142. 112 pages.


> le cadeau aux soutiens (que les autres devraient lire aussi)

< JOIE ! JOIE ! 1 ebook gratuit ce mois-ci est offert en téléchargement aux soutiens : La concession du téléphone, d’Andrea Camilleri au format epub) > Mais c’est ouf ! Comment font-ils pour avoir de tels privilèges ? À  noter que ce mois-ci, Fanny B. est passée Grande Soutienne Immarcescible de VIS COMICA pour avoir renouvelé son enthousiasme avec un nouveau don généreux. Qu’elle soit louée pour les siècles des siècles, l’éternité et au-delà.
Résumé de La Concession du téléphone, roman à parfois pleurer de rire d’Andrea Camilleri offert aux soutiens :
Vigàta, petite bourgade de Sicile, 1891. Filippo Genuardi, négociant en bois mais surtout jeune dandy consommateur d’innovations technologiques, veut se faire installer une ligne téléphonique. Il écrit pour cela au préfet de région, un Napolitain visiblement paranoïaque. Dans ses hilarantes demandes écrites, « Pippo » Genuardi fait une bête petite faute d’orthographe au nom du préfet et le voilà soupçonné d’être un dangereux agitateur. Suivra, par lettres interposées ou dialogues savoureux, un feu d’artifice de malentendus, mensonges, quiproquos, etc. La mafia locale mettra ainsi son grain de demi-sel dans cette curieuse aventure. Mais pourquoi diable Pippo tient-il tant à avoir le téléphone ?

Ah oui au fait, rappel récurrent : mon dernier roman, auto-édité à la suite d’une souscription réussie il y a des lustres est disponible ici en papier et epub. Mais vous êtes nombreuses et nombreux à le savoir ici.
Les images d’illustrations sont créées par ma pomme avec l’IA Midjourney.


nouvelles presque brèves

Tiffany aime tant la littérature humoristique qu’elle en oublie de prendre son petit-déjeuner.

Vie réelle  : la FNAC, célenfer. Vous allez penser que je découvre ou re-découvre l’eau chaude, mais voilà… Je pense que cela faisait bien 6 ou 7 ans que je n’avais pas mis les pieds à la FNAC de Nantes (et autres FNAC d’ailleurs), me contentant d’aller chez mes libraires de bled du vignoble nantais qui en fin de carrière ou lassées, épuisées, n’assurent à vrai dire, et sauf leur respect plus une cacahuète (il y a le tout venant surnageur en magasin, et sinon c’est 8 jours d’attente). Or, j’avais une heure à tuer ce deux janvier. Je me suis donc engouffré à la FNAC, suis monté à l’étage des livres. Il y avait encore toutes les gondoles pour les cadeaux de fin d’année dans les travées. Des dizaines de gondoles, en sus des rayons qui croulaient déjà littéralement sous les livres. J’ai essayé de trouver des nouveautés identifiables pour cette newsletter, mais en vain, hormis deux trois opus qui ne m’ont pas semblé intéressants, même au rayon essais. Et puis soudain, au beau milieu de ces milliers de livres, il m’est arrivé un truc étrange (et véridique) et encore jamais ressenti : j’en ai eu le vertige. Cela m’a agressé. Ces montagnes de livres (« Talents ! », « Repérés ! », « Nouveautés ! »…) Tous ces livres, cette profusion de livres… à cet étage, pourtant, des moins fréquentés du magasin. Tous ces livres qui ne seront pas lus car à ce point de production et d’offres, c’est impossible. Oui, le vertige, physiquement. une version du syndrome de Stendhal, sans doute. Je me suis finalement barré, consterné, effrayé, sans rien acheter. Je comprends pourquoi finalement le mien de roman auto-édité n’intéresse pas plus que cela. C’est un bouquin de plus dans un océan. En vérité, c’est déjà devenu fou de se retrouver devant tant de livres et ne plus savoir vers quoi se diriger. Tant mieux s’il y a beaucoup de livres… mais tout de même, ce sentiment qu’il y a toujours la même chose, qu’ils sont tous semblables ou qu’on a lu ça déjà mille fois… et devant cette surabondance comment trouver à moins d’y passer quelques heures à fouiner ? C’est, encore une fois, vertigineux. Tu comprends Moya ?

Cahiers pédagogiques. Leur numéro 582 de janvier 2023 est consacré à l’humour à l’école : « Dans un système scolaire construit sur la leçon, la concentration et l’écoute, l’exercice et le travail répétitif, vouloir introduire l’humour peut paraitre provocateur. Pourtant, on peut lui accorder une place dans les apprentissages. Encore faut-il s’entendre sur ce qu’est l’humour et savoir faire avec la dimension fortement culturelle (et interculturelle) de l’humour, y compris dans ses aspects générationnels. Comment apprendre l’humour et avec lui, et quels sont ses effets ? » Bonnes questions traitées dans un copieux dossier très pédagogique et intéressant (si on est enseignant). Hélas, la littérature ou les écrits humoristiques ne sont quasiment pas abordés (hormis Voltaire, La ferme des animaux d’Orwell (!), et Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier). L’école a lâché sur la lecture, moi j’voul’dis. > On se procure ce numéro ici.

Sans oser le demander, émission éclectique de France Culture (1) a consacré un volet intéressant sur l’humour en tant que marqueur masculin/féminin, et c’est passionnant (dommage que l’intervenante (Sabine Melchior-Bonnet, autrice de Le rire des femmes : une histoire de pouvoir, aux éditions PUF (2021) passe son temps à avoir des trous de mémoire, mais cela reste vraiment très bien). il y est question entre autres des autrices Christine de Pizan, de Marguerite de Navarre (L’Heptameron), et d’une certaine et canaille Madame Crébillon. C’est ici sous le calamiteux titre qui ne reflète pas le contenu de l’émission :  « Pourquoi les mecs se croient-ils toujours drôles ? ».

Sans oser le demander, émission éclectique de France Culture (2), avait, a-t-on découvert par hasard, il y a longtemps consacré un volet à l’écrivain Antoine Blondin (Un singe en hiver, Monsieur Jadis...) décédé en 1991. Extraordinaire plume ironique, chroniqueur de sport extrêmement spirituel et drôle, mais aussi gros réac alcoolique… Quoiqu’il en soit, sacré personnage qu’il est intéressant d’essayer de comprendre (avec l’écrivain Jérôme Leroy). > C’est ici.


Les recommandations auxquelles vous avez échappé ce mois-ci parce quE JE n’aime pas, mais vous aimerez peut-être malgré tout, et tant mieux alors

Wilt 1 – Wilt ou comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore, de Tom Sharpe, sorti en 2005. Un résumé officiel : « Dans ce récit burlesque et énorme, la vraisemblance non plus que la psychologie n’ont droit de cité. Ce qui compte, c’est la logique absurde d’une situation folingue. Wilt met en boîte (de pâté pour chien ?) les valeurs d’une bourgeoisie à la dérive : l’argent, le sexe, la liberté des mœurs, le pouvoir par le savoir, l’épanouissement par les loisirs. Tom Sharpe est un moraliste violemment drôle, salubrement grossier et épatamment tonique, dont la charge bouffonne a le pouvoir de dessillement réservé aux grands caricaturistes. » Ben non, ce n’est pas tout cela. J’ai trouvé cela ennuyeux et grotesque. C’est du guignol obsédé par le sexe, matière facile pour émoustiller et faire se gausser. On est côté statut social similaire à celui de chez David Lodge (des profs, des intellos…), mais ce n’est que du vaudeville bourgeois avec beaucoup moins d’intelligence et de culture. Je n’avais déjà pas aimé une vieillerie de Sharpe, La route sanglante du jardinier Blott, qui m’est très vite et très tôt tombée des mains tant c’est empesé, appuyé et bien trop aristocratique. Wilt 1 a toujours ce ton de conservateur qui s’encanaille à parler de sexe au prétexte de mettre en boîte les années 70 (ce qu’en fait est peu ou prou Tom Sharpe lui-même, « fils de pasteur unitarien rigide »). Cela manque furieusement de subtilité, d’esprit : c’est de l’humour à la truelle. On se croirait, dans un autre registre, chez l’autrice de théâtre Yasmina Reza : des apparences de critique de la bourgeoisie contemporaine, des signes fallacieux de causticité, mais ce ne sont que des gesticulations d’archétypes usés du théâtre de boulevard portées par des personnages marionnettes. Il y a au moins 5 Wilt (le dernier paru en 2011) : Je n’ai pas  terminé le premier, je ne lirai pas les quatre autres. Voilà, ça c’est fait.

– Les animaux de compagnie, de Bragi Olafsson (2011). Résumé officiel : « Emil S. Halldórsson, jeune trentenaire islandais, reçoit la visite importune d’Hávardur, un ami au tempérament imprévisible. Peu désireux de lui ouvrir, il se cache immédiatement en reconnaissant l’étrange personnage qu’il n’a pas revu depuis l’époque où ils avaient gardé ensemble une maison à Londres. Les animaux de compagnie sur qui ils étaient censés veiller avaient été retrouvés massacrés les uns après les autres… Lorsque le visiteur incongru parvient malgré tout à entrer par la fenêtre, Emil, pris de panique, se cache sous son lit. Depuis son refuge, il assiste alors au spectacle d’une soirée très mouvementée qui dégénère sous son propre toit. D’un humour noir exquis, ce roman évoque à merveille le dilemme de celui qui fuit : l’absence de danger va de pair avec le plus horrible sentiment d’impuissance. » En fait l’impuissance est celle des lectrices et lecteurs qui parvenus à plus de la moitié du roman se demandent encore ce qui va bien pouvoir se passer tant c’est d’une lenteur et d’une obsession maladive de la description du moindre geste (« il prend ses clés, cherche la bonne clé. Enfin il trouve la clé… », c’est de ce genre.). Narration de détails qui n’exprime même rien. Ah, il y aussi des scènes de conversation sans intérêt qui s’étendent sur plusieurs chapitres… Un véritable bonnet de nuit, et un récit sans aucun intérêt. Si vous aimez l’Islande ou voulez en découvrir même qu’un tout petit peu sur elle lisez plutôt un polar déjanté d’Hallgrimur Helgason, Le grand ménage du tueur à gages.

Une Mercedès blanche avec des ailerons, de John Hawes. Le résumé officiel : « Quatre amis veulent braquer la plus grande banque de Londres grâce à un plan si bien orchestré qu’il permet d’économiser les armes, les muscles et les spécialistes. Chicho a confiance, Brady aime l’action, Suzy ne demande qu’à conduire les cheveux dans le vent et le narrateur se promet de suivre une formation d’expert-comptable si ça plante… Tout ce petit monde semble légèrement mal barré ! » Bon, c’est du polar gesticulant comme il y en a tant. Un peu vulgaire, un peu grossier, un peu fou, un peu crade, et déjanté. Mais on a lu cela 1 000 fois. Moi-même qui en ai écrit, je cherchais il y a près de 30 ans (déjà) à utiliser des sujets et des ficelles différents. Ça peut plaire pour se vider la tête, car c’est un genre avec ses codes et on peut aimer se retrouver dans ses petits chaussons, et c’est humain. À vous de voir. Cela étant Hawes est considéré comme le chef de file d’une nouvelle génération d’humoristes, et est fameux surtout pour un autre titre qui m’attire beaucoup, justement parce que ce ne sont pas les sujets attendus, et dont je parlerai ici à l’issue de sa lecture quel qu’en sera le résultat : Pour le meilleur et pour l’empire. (Mais si vous le lisez avant moi, envoyez-moi une petite recension !). À  suivre, donc.

– Clément Baudouin, Une légère oscillation, éditions Favre : ce roman récent présenté comme empreint d’humour (à ne pas confondre avec celui de l’inénarrable Sylvain Tesson, Une très légère oscillation) suscite un ennui profond qui confine il est vrai à la performance (l’oscillation doit être celle aussi des lectrices et lecteurs qui s’endorment sur ce bouquin poussif), et nous traîne poussivement de séances de méditation en considérations pathétiques d’un cadre comme il en traîne de trop sur LinkedIn, sans énergie, et par qui, il est certain, la révolution n’adviendra pas.
Cet auteur n’aura donc jamais le label VIS COMICA désormais très envié. Je sais, c’est dur.


RIONS EN LIGNE
AVEC une intelligence artificielle

Représentation d’une intelligence artificielle riant… proposée par une autre IA, Midjourney.

Depuis que ChatGpt, l’intelligence artificielle plutôt stupéfiante avec laquelle vous pouvez dialoguer, est en ligne, tout le monde y va de sa retranscription d’un dialogue avec elle et VIS COMICA ne va donc pas y échapper. Il y a déjà un incontournable en matière d’humour : c’est ce qu’à fait l’écrivain François Houste qui lui a demandé « qu’est-ce qui est vert et qui pousse dans le jardin ? ». Le dialogue pour faire comprendre au logiciel que la réponse est « un scout en train de déféquer » est bien drôle (> c’est à lire ici sur Twitter.) Pour sa part, VIS COMICA, en plein dérapage étique, a cherché plutôt à l’entretenir d’humour littéraire… avec sérieux.

• Question de VIS COMICA : Donne-moi un exemple de trait d’esprit.
ChatGpt :
Voici un exemple de trait d’esprit :« Pourquoi les cerveaux des mathématiciens sont-ils toujours froids ? Parce qu’ils ont tout le temps des calculs mentaux. »
• V.C. (perplexe) : En es-tu l’auteur ?
ChatGpt : Non, je ne suis pas l’auteur de ce trait d’esprit. C’est un exemple classique que j’ai utilisé pour montrer ce qu’est un trait d’esprit. Les traits d’esprit sont des répliques ou des observations spirituelles, souvent utilisées pour divertir ou amuser les gens. Beaucoup de traits d’esprit sont devenus des répliques populaires, mais d’autres sont plus créatifs et originaux, inventé par des personnes particulières.
• V.C. : Peux-tu me conseiller une liste de romans humoristiques ?
ChatGpt : Voici une liste de romans humoristiques que vous pourriez apprécier :
1. « Le Dictionnaire amoureux de la langue française » de Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow
2. « Bridget Jones : l’Age de raison » de Helen Fielding
3. « Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain » de David Foenkinos
4. « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
5. « Le Meilleur des mondes » de Aldous Huxley
6. « La Vie devant soi » de Romain Gary
7. « Le Père Noël est une ordure » de Jean-Marie Poiré et Christian Clavier
8. « Le Dîner » de Herman Koch
9. « Les Fourberies de Scapin » de Molière
10. « La Cité de la peur » de Alain Chabat et Dominique Farrugia
Il s’agit là de quelques exemples de romans humoristiques qui ont été particulièrement appréciés par le public. Il existe bien sûr de nombreux autres livres humoristiques qui pourraient vous plaire, en fonction de vos goûts et de vos préférences littéraires. N’hésitez pas à explorer différents genres et à vous laisser surprendre par des auteurs que vous ne connaissez pas !

J’ai préféré ne pas lui dire qu’un dictionnaire n’est pas un roman, qu’elle m’a cité plusieurs films (avec de belles confusions d’auteur), du théâtre… Enfin : vous aviez fait le tri vous-même. Aussi, quelques jours plus tard, j’ai reposé la même question :

• V.C. : Peux-tu me conseiller une liste de romans humoristiques ?
ChatGpt : Voici quelques exemples de romans humoristiques que vous pourriez apprécier :
– « La vie, l’univers et tout » de Douglas Adams – une comédie de science-fiction qui suit les aventures de Arthur Dent, un humain ordinaire qui est propulsé dans l’espace après que la Terre soit détruite pour faire place à une autoroute intergalactique.
– « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley – une satire de la société utopique qui met en scène un monde où tout le monde est heureux en apparence, mais où les individus sont en fait très malheureux.
– « Bonjour et adieu » de J.D Salinger – une comédie décalée sur la vie d’un adolescent new-yorkais qui est expulsé de son lycée et qui doit trouver sa place dans le monde.
– « Candide » de Voltaire – un classique de la littérature française qui est souvent considéré comme une satire de la philosophie optimiste.
– « The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy » de Eoin Colfer – un roman qui poursuivra les aventures d’Arthur Dent et Ford Prefect, suite du livre de Douglas Adams.
– « Les aventures d’Alice au pays des merveilles » de Lewis Carroll – un classique pour enfant qui est aussi apprécié des adultes pour son humour absurde et décalé.
Il y a beaucoup d’autres romans humoristiques qui pourraient vous intéresser, cette liste est donc loin d’être exhaustive, j’espère que vous trouverez quelques ouvrages qui vous plairont dans cette liste.

Heureusement que Molly ne suit pas les conseils lecture de la toute nouvelle intelligence artificielle dont lui parle ses amies d’Hawaï lors des barbecues, sinon elle se ferait chier.

Bon, là encore je vous laisse rectifier et apprécier… Le Salinger n’existe évidemment pas et d’ailleurs Google répond dans ce cas : « Il semblerait qu’il n’y ait aucun résultat pertinent associé à votre recherche » (bref, ça y est ! Les logiciels se tirent la bourre entre eux et Google qui frémit de l’apparition de ChatGpt s’est réjoui sans doute sur ce coup-là), et le résumé que le logiciel ChatGpt en donne est bien évidemment celui de L’Attrape-Cœur. Il paraît que ChatGpt, qui a été alimenté par des térapétamilliards de brouettes de textes jusqu’en 2021 sera d’après ses créateurs « 500 fois plus puissant » dans quelques semaines, ou peu de mois. En tout cas, je ne sais pas s’il faut prendre cela pour un signe que la littérature humoristique n’est pas identifiée, ou identifiable actuellement, ou que l’intelligence artificielle n’a pas d’humour, ou qu’elle raconte n’importe quoi sur les sujets qu’elle ignore (mais ses créateurs préviennent qu’il faut vérifier ses dires : tu m’étonnes !). J’ai continué avec quelques questions :

• V.C : Peux-tu m’expliquer en quoi la littérature humoristique et les écrits humoristiques sont indispensables pour les êtres humains ?
ChaGpt : La littérature humoristique et les écrits humoristiques peuvent être très divertissants et apporter un certain réconfort ou une distraction bienvenue dans des moments difficiles. De plus, l’humour peut aider à relativiser les problèmes et à prendre du recul face aux événements stressants de la vie. En outre, l’humour peut être utilisé comme un moyen de critiquer ou de dénoncer des problèmes sociaux ou politiques de manière à la fois subtile et percutante. De nombreux auteurs humoristiques ont utilisé leur travail pour mettre en lumière des questions importantes de manière à la fois divertissante et réfléchissante.
Enfin, l’humour peut être un moyen de créer du lien social et de rapprocher les gens. Partager une blague ou un écrit humoristique avec quelqu’un peut renforcer les liens entre les individus et créer une atmosphère de bonne humeur et de convivialité.
En résumé, la littérature humoristique et les écrits humoristiques sont indispensables pour les êtres humains car ils apportent de la distraction, de la réflexion et du lien social.

Même les mutants cyberpunks se gaussent des conseils littéraires émis par les IA. Problème : ils sont pourtant programmés avec…

• V.C : Quel type de littérature est préféré des lectrices et des lecteurs, par ordre décroissant ?
ChatGpt : Il est difficile de dire quel type de littérature est préféré des lecteurs et des lectrices, car cela dépend de nombreux facteurs, tels que l’âge, l’origine culturelle, l’expérience de vie et les préférences personnelles. Certaines personnes peuvent préférer la littérature grave, tandis que d’autres peuvent préférer la littérature humoristique ou de genre, comme le fantastique, le science-fiction ou le roman policier. Il est également possible que certains types de littérature soient plus populaires à certaines périodes ou dans certaines régions du monde. Par exemple, il est possible que les romans sentimentaux soient plus populaires auprès des lectrices et que les romans d’aventure soient plus populaires auprès des lecteurs. Il est donc difficile de dire quel type de littérature est préféré des lecteurs et des lectrices, en ordre décroissant, car cela dépend de nombreux facteurs individuels et contextuels.
• V.C : Est-il possible de dire que dans des périodes troublées, lors desquelles les êtres humains sont angoissés, que la littérature humoristique est plus réconfortante pour eux que la littérature grave ?
ChatGpt : Il est possible que la littérature humoristique soit perçue comme plus réconfortante que la littérature grave dans des périodes troublées ou anxiogènes, car elle peut apporter un certain réconfort ou une distraction bienvenue. L’humour peut aider à relativiser les problèmes et à prendre du recul face aux événements stressants de la vie. De plus, partager une blague ou un écrit humoristique avec quelqu’un peut renforcer les liens entre les individus et créer une atmosphère de bonne humeur et de convivialité. Cependant, il est important de noter que chaque personne réagit différemment à la littérature et que ce qui peut être réconfortant pour une personne peut ne pas l’être pour une autre. Certaines personnes peuvent préférer la littérature grave car elle leur permet de se sentir moins seules ou de comprendre mieux leurs propres émotions. D’autres peuvent préférer la littérature humoristique car elle leur permet de s’évader de leurs problèmes et de voir les choses sous un autre angle. En résumé, il est possible que la littérature humoristique soit perçue comme plus réconfortante que la littérature grave dans des périodes troublées, car elle peut apporter un certain réconfort et de la distraction. Cependant, chaque personne réagit différemment à la littérature et ce qui peut être réconfortant pour une personne peut ne pas l’être pour une autre.

Bon, eh bien maintenant > faites-vous votre propre avis. Je vous préviens : ChatGpt peut être aussi bluffant… que navrant.


C’EST (pas drôle, car c’est déjà) FINI !

Rendez-vous le 18 février pour d’autres nouveautés, du classique, de la vieillerie, des trucs en ligne, etc. En attendant vous pouvez toujours écouter mes podcasts : > ici « Le Documenteur » et > là « Mais de quoi tu me parles ? » (je ferai de nouveaux épisodes un de ces quatre, promis) ou acquérir mon dernier roman (si ce n’est déjà fait). Vous pouvez aussi chercher l’inspiration lecture avec le PENSE-BÊTE / LA BANDE-ANNONCE DE VIS COMICA (les auteurs dont je parlerai, je ne parlerai pas, j’ai déjà parlé, que vous pouvez d’ailleurs alimenter > en m’en suggérant pour enfin une tentative d’élaboration d’une bibliothèque de l’humour en littérature. > N’hésitez pas à me faire remonter vos remarques et suggestions. >>> Abonnez-vous à VIS COMICA c’est gratuit, faites abonner les âmes perdues en expliquant (et partageant ce numéro) que c’est gratuit, voire soutenez (*) VIS COMICA ! À bientôt.

(*) Cela veut dire des cadeaux (ebooks), des trucs que je ne sais toujours pas encore quoi, l’accès à un forum pour tchatcher et se refiler des plans lectures, etc.


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